lundi 19 mars 2018 | 07:36

Le schillingreport 2018

L’évolution de la diversité des genres dans les directions des principaux employeurs suisses est décevante: après une hausse très prometteuse l’an dernier, la proportion de femmes a de nouveau baissé en 2018. Le nombre d’étrangers enregistre lui aussi un recul. En matière de gender diversity, le secteur public est nettement en avance sur l’économie privée.

Guido Schilling (Foto: schillingreport)
Guido Schilling (Foto: schillingreport)

Alors que la proportion de femmes dans les conseils d'administration a augmenté timidement pour passer à 19 %, elle recule dans les directions des principaux employeurs suisses, passant de 8 % à 7 %. Il est intéressant de noter la nette différence entre les entreprises du DAX et celles du SMI, preuve des effets de la fxation allemande des quotas. La proportion de managers étrangers dans les directions diminue de 45 % à 44 %. Dans le secteur public, la diversité des genres grimpe de 14 % à 16 % pour les cadres supérieur-e-s. 

 

Les chiffres actuels du schillingreport montrent clairement que l'économie privée doit continuer d'accorder une grande importance à la relève en vue de la diversité des genres. «Au quotidien, je sens de plus en plus nettement que les femmes et les hommes veulent se répartir les tâches familiales. La demande des hommes en faveur de modèles de temps de travail modernes s'affrme. Il devient naturel que les femmes, aussi bien que les hommes veuillent faire carrière. Cela aura des répercussions sur la relève en vue de la diversité des genres, donc sur l'évolution de la proportion de femmes à tous les échelons», déclare Guido Schilling. Pourtant, non seulement le nombre de femmes recule dans les directions, mais aussi celui des managers étrangers. Leur proportion est passée de 45 % à 44 %. Parmi les nouveaux managers, 38 % sont étrangers, contre 64 % l'année dernière. «Quand, dans dix ans, les babyboomers auront quitté le marché du travail et qu'il n'y aura plus assez de femmes ni de managers étrangers parmi les talents, nous risquons d'être confrontés à une grave pénurie de cadres supérieur-e-s», déclare Schilling.

 

La diversité des genres au sein des directions reste un projet intergénérationnel

Les nouveaux membres des directions ne comptent que 8 % de femmes, accusant un sévère recul par rapport au niveau record de l'an dernier (21 %). 11 femmes ont quitté les postes de direction, 9 seulement ont été promues. Il en résulte une diminution générale de la proportion de femmes de 8 % à 7 %. Si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit que 59 % des entreprises analysées n'emploient actuellement aucune femme aux postes de direction. Alors que 67 % des hommes nouvellement arrivés aux postes de direction y sont parvenus suite à une promotion interne, ce n'est le cas que pour 22 % des femmes. «Je reste persuadé que l'amélioration de la mixité des genres est un projet intergénérationnel. Les entreprises investissent dans des programmes d'avenir qui permettent aux deux genres de concilier famille et carrière. C'est un facteur d'attractivité des employeurs de plus en plus important, qui élargira la relève en vue de la diversité des genres. Je suis certain que nous en constaterons les premiers effets mesurables dans cinq ans», estime Schilling.

 

Les CA sont sur la bonne voie - des efforts plus importants restent cependant nécessaires

Parmi les nouveaux membres des conseils d'administration, 25 % sont des femmes,  ce qui correspond à une augmentation de 17 % à 19 %. «C'est une bonne chose, mais ces efforts ne suffsent pas. Dans les prochaines années, l'économie doit augmenter la proportion de femmes dans les conseils d'administration d'au moins trois points de pourcentage par an, afn de répondre aux exigences des milieux politiques, à savoir 30 % en 2022», déclare Schilling. Et il continue: «Il faut que les entreprises se fxent des objectifs clairs, défnissent des mesures et en surveillent les effets. Les milieux économiques et politiques ne doivent pas perdre de vue qu'un membre d'un conseil d'administration assume son mandat pendant 10 ans avant de quitter son poste. C'est pourquoi tout renouvellement doit désormais viser d'intégrer surtout des femmes dans les procédures de nomination, pas seulement des hommes. Si l'économie s'y tient, à mon avis nous pourrons respecter l'objectif de 30 % de femmes membres des conseils d'administration dans les délais impartis.»

 

Comparaison entre le SMI et le DAX: le quota féminin allemand est effcace

Depuis 2016, les entreprises allemandes cotées doivent atteindre un quota féminin dans leurs conseils de surveillance. Conséquence: la proportion de femmes dans les conseils de surveillance des entreprises du DAX (32 % et 30 % l'an dernier) est nettement plus élevée que dans les conseils d'administration des entreprises du SMI (23 % et 21 % l'an dernier). Dans les entreprises du DAX, la proportion de femmes parmi les nouveaux membres est de 48 %, contre 30 % dans les sociétés du SMI. Dans les directoires du DAX, la proportion de femmes passe de 10 % à 13 %, et elle est de 30 % parmi les nouveaux membres. En revanche, en ce qui concerne le SMI, la proportion de femmes s'est encore nettement dégradée. On compte seulement 10 % de femmes managers parmi les nouveaux membres, ce qui explique que la proportion de femmes dans les directions des entreprises du SMI n'augmente que de 8 % à 9 %.

 

Recul du nombre d'Allemands et d'Américains dans les directions

La proportion d'étrangers diminue dans les directions. Alors que l'an dernier 45 % des membres des directions avaient un passeport étranger, ils ne sont plus que 44 % actuellement. La proportion d'étrangers parmi les nouveaux membres des directions a baissé de 64 % à 38 %. 50 personnes ayant un passeport étranger ont quitté un poste de direction, seulement 44 ont été promues. Le recul est particulièrement notable parmi les membres américains et allemands, dont la proportion avait nettement augmenté l'an dernier. Les Allemands (+14 / -19) et les Américains (+2/-10) sont 13 de moins. «Ces départs peuvent encore être remplacés relativement facilement», commente Schilling. «Mais l'évolution démographique compromet la croissance économique de la Suisse.» Ce phénomène est accentué par le fait que 70 % des membres étrangers des directions sont résidents en Suisse depuis longtemps. 61 % travaillaient déjà dans l'entreprise avant d'être nommés à l'organe de direction et ont bénéfcié d'une promotion interne; 9 % travaillaient déjà en Suisse dans une autre entreprise.

 

Le secteur public montre l'exemple de ce que les milieux politiques attendent de l'économie 

L'évolution du secteur public est satisfaisante, avec 16 % de femmes parmi les  cadres supérieur-e-s (contre 14 % l'an dernier), notamment grâce aux 27 % de femmes parmi les nouveaux arrivants. Qu'est-ce qui rend le secteur public plus performant que l'économie privée sur ces questions? «Le secteur public propose un contexte adapté, avec des modèles de temps de travail pratiques et une plus grande réglementation du temps de travail, ce qui encourage à concilier famille et carrière. De plus, il bénéfcie d'une plus large relève en vue de la diversité des genres, une véritable Gender-Diversity-Pipeline, que le secteur privé», explique Schilling. La perméabilité entre le secteur privé et le secteur public continue d'augmenter: 49 % (contre 47 % l'année précédente) des cadres supérieur-e-s ont une expérience professionnelle dans le privé.

 

Gender-Diversity-Pipeline

Pour le schillingreport 2017, 113 des 250 plus importantes entreprises suisses ont mis leurs données à disposition concernant la relève en vue de la diversité des genres (Gendre-Diversity-Pipeline). Ces chiffres seront de nouveau collectés en 2019, pour respecter un rythme bisannuel. Dans cet échantillon, 10 % de femmes occupent un poste de direction, 14 % sont cadres supérieures et 21 % assument des fonctions d'encadrement intermédiaire. Elles constituent le vivier de talents pour les futurs postes de direction. Avec 22 % des femmes parmi les cadres des échelons supérieurs et 24 % dans l'encadrement intermédiaire, le secteur public dispose d'une plus importante relève en vue de la diversité des genres.

 

Le schillingreport 2018 couvre les 118 plus grands employeurs de Suisse, ainsi que la Confédération et les 26 cantons. 882 membres de direction, 816 membres de conseil d'administration et 1034 cadres supérieur-e-s du secteur public (chefs et cheffes d'offce, secrétaires généraux et générales, chanceliers et chancelières d'État) ont été inclus dans l'étude.

 

Le rapport complet sera disponible en ligne mi-mai, en allemand, en français et en anglais sur www.schillingreport.ch.


guido schilling sa



Persorama ePaper

Grâce aux Archives ePaper Persorama, vous pouvez afficher sur votre écran les éditions numériques Persorama, les feuilleter, effectuer des recherches et les sauvegarder.

Infoletter

INSCRIVEZ-VOUS À NOTRE INFOLETTER